Mesdames et Messieurs,
Etre pauvre, ce n'est pas uniquement une question d'argent: la pauvreté va souvent de pair avec diverses formes d'exclusion, qui peuvent se manifester dès le plus jeune âge. La pauvreté a une influence négative omniprésente sur la vie de quelqu'un, que ce soit au niveau psychologique, physique, relationnel ou pratique. Les enfants, eux aussi, subissent les conséquences de la pauvreté: ils accusent souvent un retard économique et matériel, manquent d'assurance au niveau social. Au stade de l'adolescence, par la force des choses, ils doivent se débrouiller seuls plus tôt que leurs contemporains. Et puis, il y a les aspects moins visibles, mais tout aussi pénibles, que sont le sentiment de honte, le chagrin et la crainte d'être stigmatisé.
La pauvreté enfantine reste malheureusement très répandue, même dans notre pays: près de 17% des enfants jusqu'à l'âge 17 ans vivent au sein d'une famille dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté. Cela représente plus de 350.000 enfants.
Jusqu'à présent, la pauvreté enfantine a fait l'objet de peu de recherche scientifique. Cette problématique n'a donc pas tellement obtenu une attention particulière. Aujourd'hui, la volonté d'y remédier est présente et tous s'accordent sur la nécessité de définir le phénomène plus clairement.
C'est ce qui a mené le comité de gestion du Fonds qui porte mon nom à se pencher davantage sur le sujet. A travers le workshop de ce jour, le Fonds souhaite apporter sa contribution au débat.
Il faut en effet agir dès le plus jeune âge si l'on veut offrir à quelqu'un de meilleures chances dans la vie. Le Fonds a dès lors décidé de se concentrer sur l'âge de 0 à 3 ans.
De fait, plus on commence tôt à investir dans les enfants défavorisés, plus il y a de chances que cet investissement fasse la différence. Les trois premières années dans la vie d'un enfant sont déterminantes pour son développement futur et la suite de son parcours. S'attaquer dès que possible à la pauvreté aura pour effet de donner aux enfants davantage de chances en prévision de leur vie future et de donner aux familles de meilleures armes pour briser le cercle vicieux de la pauvreté de génération. Grâce à une prévention à long terme, nous devons éviter que leur avenir soit hypothéqué.
En outre, chez les très jeunes enfants, la pauvreté est peu visible. C'est souvent à un âge plus avancé qu'elle se manifeste. Cependant, des études ont démontré que les enfants issus d'une famille défavorisée ont déjà accumulé un retard moyen d'un mois à l'âge d'un an. Dans les familles défavorisées d'origine étrangère, il est même question d'un retard de deux mois. Vers l'âge de trois ans, les enfants issus d'un milieu défavorisé connaissent en moyenne 400 mots, alors que les enfants issus d'un milieu favorisé en maîtrisent 1200.
La lutte contre la pauvreté entre 0 et 3 ans - et même plus tôt, dès avant la naissance- est donc très importante. Le 2 février dernier, nous avons organisé une réunion de travail portant sur ce thème. Cela nous a permis un échange d'idées basé sur l'analyse d'une vingtaine d'initiatives qui oeuvrent dans le domaine de la lutte contre la pauvreté entre 0 et 3 ans. Une constatation qui en est ressortie est que, même si la recherche et la pratique ont conduit à réaliser davantage l'intérêt de s'attaquer à la pauvreté dès le plus jeune âge, il n'en reste pas moins qu'au niveau de la politique à suivre, la problématique de la pauvreté ne bénéficie pas de l'attention requise, en particulier en matière de prévention. Les organisations qui luttent contre la pauvreté dès le jeune âge -et qui font donc de la prévention- ne se sentent pas pleinement soutenues.
Nous avons retenu comme thème de ce workshop une des difficultés que le débat du 2 février avait mises en évidence, à savoir la nécessité d'intégrer davantage le thème de la pauvreté dans la formation professionnelle du personnel qui s'occupe d'enfants de 0 à 3 ans. Il est important que ces personnes puissent identifier à temps les indices de pauvreté afin d'y réagir de manière adéquate. Il est primordial que les personnes qui, dans l'exercice de leur profession, entrent en contact avec des enfants confrontés à la pauvreté, réalisent pleinement ce que cela implique. Nous devons donc attacher plus d'importance aux programmes de formation dans ces secteurs. Formations appropriées, stages et recyclages s'imposent, tout autant qu'une collaboration et des échanges entre les initiatives qui s'occupent de très jeunes enfants confrontés à la pauvreté. Peu de services disposent à la fois des connaissances relatives à l'attitude à adopter envers les groupes défavorisés, au soutien à apporter à l'éducation et aux activités de nature à stimuler le développement de jeunes enfants. Il est également souhaitable que de nouvelles recherches soient entreprises et que l'on développe des modèles applicables au groupe-cible des enfants défavorisés entre 0 et 3 ans.
Mesdames et Messieurs,
Ce workshop vise à un échange d'idées entre les acteurs de terrain qui s'occupent de bébés et de jeunes enfants d'une part, et les responsables d'établissements d'enseignement qui sont chargés de la formation initiale et permanente de ces acteurs, d'autre part.
Je vous remercie pour votre présence. Je vous suis reconnaissante d'être disposés à partager avec nous votre expérience pratique et personnelle. Vous contribuerez ainsi à identifier les problèmes et obstacles divers que vous percevez au niveau de la formation de professionnels de l'aide à l'enfance et au niveau de leurs capacités d'aller à l'encontre de situations de pauvreté.
Mais notre but est avant tout d'être constructifs, et non de nous borner à faire l'inventaire des divers aspects du problème. Nous vous invitons donc à réfléchir afin que les acteurs de terrain reçoivent une formation qui leur permette d'être mieux armés pour faire face aux défis de la pauvreté, auxquels ils seront confrontés tôt ou tard.
Les résultats de cet atelier fourniront au comité de gestion du Fonds Princesse Mathilde la base nécessaire pour définir le contenu et les critères de sélection d'un appel à projets qui sera lancé à l'automne.
Je vous souhaite à toutes et à tous une discussion fructueuse et me réjouis d'en voir le résultat. Bon travail!